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Mai / Juin 2003: La photo du mois

Photo ©veronguy

L'interview du mois : Véronique NGUYEN, maquilleuse de théâtre, professeur à l'école Chauveau
Propos recueillis par Joanne Delaporte (JD)

Photo ©veronguyen

Véronique vit au rythme de la pile qui ne s’épuise jamais. Elle fait partie du cercle très fermé des maquilleurs de théâtres nationaux après un parcours très original, côtoie les plus grands acteurs et metteurs en scène, enchaîne les tournées, vit son métier avec passion à mille à l’heure et trouve le temps de donner des cours à l’école Christian Chauveau entre deux spectacles.
Elle nous conte sa belle aventure.


JD : Comment t’es-tu retrouvée à l’école Chauveau pour enseigner ?
Véronique : Tout à fait par hasard… je passais devant!! Après plusieurs années dans la vie professionnelle, retrouver l’école était comme une remise en question, retravailler les techniques liées à la mode, au cinéma différentes de la façon de procéder au théâtre.
J’avais perdu un certain regard, cela m’a permis de faire un retour aux sources, pour moi c’est une belle expérience.
JD :Justement, remontons le temps, quel est ton parcours ?
Véronique : Je n’ai pas eu de vocation particulière pour le maquillage, mais depuis l’enfance je savais que je voulais faire quelque chose ayant un lien avec le spectacle vivant.
Après un Bac de Lettres à Strasbourg, je suis venue à Paris et j'ai découvert une annonce dans un magazine sur l’école Chauveau. Je me suis inscrite aux cours du soir et je travaillais au Mac Donalds afin de vivre et de payer ma formation.
Mais je ne voulais pas en rester là alors je me suis inscrite à la fac de Nanterre et un peu par hasard j’ai choisi le théâtre. Ce fut une révélation, une vraie rencontre, pendant six ans, ce fut une découverte de tous les aspects de l’histoire et la vie du théâtre. J’avais une réflexion précise et intense sur la profession autant technique qu’intellectuelle et par la suite humaine car c’est un métier très humain.
Finalement j'ai achevé ma maîtrise d’études théâtrales par un sujet de mémoire concernant « Le maquillage dans la Création Théâtrale Contemporaine »… comme une évidence! Je me suis vite trouvée confronté au manque de documentations sur la technique du maquillage de théâtre, sur une reflexion même de cette pratique dans son développement sur scène. C'est évidemment difficile puisque chaque spectacle de théâtre aborde une esthétique particulière en fonction d'un metteur en scène…donc tout reste encore à faire et ce mémoire n'est qu'un début.
Photo ©veronguyJD :près tes études, de quelle façon as tu intégré professionnellement théâtre et maquillage ?
Véronique : Justement ce qui fut important c'est que ce cheminement m'a entrainé là où je voulais aller, c'est à dire dans les loges, jouer du pinceau et de la couleur. Grâce à ce mémoire, j’ai rencontré des maquilleurs professionnels et j’ai commencé à faire de l'assistanat, puis des suivis de spectacles. Grâce à ces personnes j'ai rencontré de nouvelles techniques comme la fabrication de perruques, la coiffure et les fabrications de prothèses. Aujourd'hui, on me propose des créations. Tout s’enchaîne.

JD
: De quelle manière abordes-tu ton travail ?
Véronique : Ce qui me fascine, c’est le coté vivant, on doit être rapide et efficace tout le temps.
Au théâtre, le maquillage est un élément parmi tant d'autres et il doit s'harmoniser, s'organiser avec tous les éléments d'un spectacle. Il faut être à l’écoute, avoir le sentiment de l’événement.
En amont, je regarde les répétitions, j’observe le travail, j'écoute les idées du metteur en scène, du costumier, du scénographe, de la lumière, etc… De toutes ces discussions et références proposées, je fais des recherches en peinture et documents divers afin de trouver l'esprit de mon travail de façon à répondre à la demande particulière d'un spectacle.
Au théâtre l’intérêt n’est pas de faire que du beau comme dans l'esprit de la mode même si cela peut être une possibilité. Certains spectacles demandent beaucoup de maquillage, de perruques et de postiches, d'effets spéciaux, tandis que sur d’autres un trait suffit à donner l’émotion. Je suis très attentive à la demande, je rentre dans le moule qui se forme.
Puis le travail d'un maquilleur est aussi une étroite collaboration avec les comédiens, donc un climat de confiance et de bien-être doit s'installer. La loge du maquilleur est un lieu de passage entre le monde réel et celui du spectacle, c'est un moment important qui demande beaucoup d'attention face à des gens qui des fois sont stressés, fatigués.
Le coté technique représente une partie très importante mais il y a des choses qu'on ne peut apprendre à l'école et qui sont également essentielles.
JD :La vision de chaque metteur en scène est-elle différente, et cela te pose t’elle un problème d’adaptation ?
Véronique : Évidemment, des metteurs en scène tel Jacques Lassale, Andrzej Seweryn, Piotr Fomenko, etc., ont une telle personnalité que je m’adapte chaque fois à leur vision. C’est un travail très intuitif, à la fois théorique et pratique, trouver le ton juste relève d’un grand sens de l’écoute du désir de ces monstres sacrés. Cela apporte d’autant plus de satisfaction, le maquillage doit être en symbiose avec l’ensemble. J’ai une anecdote assez drôle un jour Jacques Lassale sur Dom Juan me demande de trouver une idée où des comédiens ressembleraient à des "brugnons"! En rentrant chez moi je regarde une émission sur des surfeurs des neiges le visage rougi par le soleil, ça a fait tilt.
Des surfeurs à Dom Juan, le raccourci était surprenant puisque les références s'inspiraient surtout du peintre Velasquez… mais cela a très bien fonctionné! « rire ».
JD :Etes vous nombreux à exercer dans ce créneau ?
Véronique : Nous sommes quelques-uns à exercer ce métier de maquilleur théâtre et c'est souvent les mêmes que l'on retrouve mais je ne saurai pas dire combien nous sommes.

JD :Tu exerces essentiellement dans le théâtre public, quel est ton statut ?
Véronique : Je suis intermittent du spectacle.
JD :Comment vois-tu l’avenir ?
Véronique :Je fais un metier que j’aime, tout le monde n’a pas cette chance ! Il faut dire que sur chaque spectacle, il n'y a pas forcément les moyens d'engager un maquilleur. Certains ne font que la création d'un spectacle, il peut y avoir un suivi qui sera pris en charge par les comédiens eux-mêmes ou par un maquilleur si la structure est assez importante pour se le permettre. Nous pouvons travailler à un ou deux pour 20 comédiens. Sur Dom Juan j’étais seule pour 14 comédiens avec cinq heures de maquillage non-stop et ceci sur tout le temps des représentations!
A l'avenir, j'aimerai continuer à avoir cette chance parce que j'aime mon métier, le lieu dans lequel je l'exerce, les gens qu'on y rencontre et les textes que l'on y découvre. Je le vis franchement comme un enrichissement technique, sensible et intellectuel… mais le climat général est plutôt alarmiste. La réforme en cours sur le changement du statut d'intermittent est extrèmement inquiétante. Elle met en péril la culture, indispensable à l'expression de ce monde en mouvement.
Je trouve que ce qui se passe est très grave et que personne n'est à l'abri.

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